Gonnet, Tony

FR, 1909 - 2004

Tony Gonnet fait partie des figures historiques de l’Age d’Or de Saint-Germain-des- Prés pendant la Seconde Guerre mondiale et après celle-ci. Personnage emblématique de ce quartier, entouré de ses amis philosophes, écrivains, musiciens et acteurs, il ne s’est jamais départi de la morale ni de l’esprit existentialiste.
De tempérament discret et solitaire, Tony Gonnet a suivi son chemin de peintre à l’écart, préférant aux honneurs la liberté du travail élaboré dans le monde clos de l’atelier. Abstraite et rigoureuse, sa peinture est chargée d’âme dans la densité de ses couleurs et la fluidité de ses transparences. Intuitive et musicale, elle est le fruit d’un processus pictural élaboré qui ne cède à aucun moment à la tentation de la facilité.
Dessinateur industriel à partir de 1936, Tony Gonnet s’installe à Paris; il résidera à l’Hôtel de la Louisiane jusqu’en 1953. Féru de littérature, il devient une des figures de Saint-Germain-des-Prés et fréquente régulièrement, comme avant-guerre, le Café de Flore. Parmi ses nombreux amis et connaissances, on compte Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Albert Camus, Maria Casarès, Simone Signoret, Boris Vian, Paul Grimault, Marcel Duhamel, Gaston Gallimard, Alain Cuny, Roger Blin, Lola et Marcel Mouloudji, Henri Crolla, Claude Luter, Serge Reggiani, Jacques et Pierre Prévert.
Ses premières œuvres surréalistes datant de 1941-1942, trahissent le mal-être existentiel de celui qui hésite encore à s’engager dans une voie artistique. Cette tendance s’affirme dans les années qui suivent, durant lesquelles Tony Gonnet peint des paysages de bord de mer oniriques où se meuvent des formes hybrides et organiques, exprimant le tourment, l’introspection et le désarroi. En 1946, l’artiste délaisse la figuration pour se tourner vers son domaine de prédilection : l’abstraction. L’esprit de géométrie auquel il soumet chacune de ses œuvres s’accompagne d’un jeu subtil de formes et de couleurs et d’un certain goût pour le clair obscur. On sent dans la rigueur du tracé des lignes une volonté de perfection plastique qui correspond à l’esprit de précision de l’ingénieur industriel. Les œuvres de cette époque, de format modeste, tout comme les nombreux cahiers de croquis, trahissent un état de recherche permanent. L’art pour Tony Gonnet semble ne pas avoir de frontières matérielles : c’est ainsi qu’il présente en 1950 à la Librairie Morihier, ce qu’il appelle modestement ses « cailloux », c’est-à-dire des galets peints de motifs surréalistes et abstraits.
Vers 1950, Tony Gonnet forge son style en optant définitivement pour l’aplat. Il crée un espace pictural fluide, rythmé par l’opposition des courbes et des droites, et valorisé par des tonalités sourdes et chaleureuses. En 1952, l’artiste bénéficie d’une première reconnaissance avec une exposition personnelle à la galerie Henriette Niepce ; l’auteur de la préface, qui n’est autre que Jean Genet, évoque à propos de l’univers pictural de Tony Gonnet un « monde moiré qui ne cesse de s’évanouir ».
Dans la deuxième moitié de cette décennie, l’œuvre de l’artiste gagne en ampleur. Ses toiles sont solidement architecturées, les lignes, les formes et les surfaces s’articulent selon une combinatoire flexible et cernent l’espace tout en l’ouvrant vers l’infini, suivant une manière qui évoque lointainement Vieira da Silva, dont il appréciait particulièrement le travail (il lui dédicacera une œuvre en 1958).
Tony Gonnet s’engage vers une nouvelle complexité picturale durant les années 1960, privilégiant la multiplicité à l’unité, le foisonnement géométrique à l’économie ascétique : il joue du redoublement des carrés, des triangles, ou des cercles, là de leur répétition, ailleurs de leur imbrication suivant des axes linéaires, des mouvements concentriques et excentriques. Ses œuvres évoquent aussi par la mouvance de formes cristallines des mondes imaginaires cosmiques, aquatiques, qui paraissent en métamorphose incessante.
Jusqu’à la fin de sa vie, Tony Gonnet s’est livré à l’exécution de ses peintures avec un mûrissement progressif, une germination méthodique mais aussi un certain lyrisme que rien ne semble avoir ébranlé. Esprit libre refusant tout dogmatisme, il a donné naissance à un univers pictural qui, tout étant dynamique et coloré, n’en demeure pas moins silencieux et énigmatique. À la manière des fables borgésiennes, l’artiste a dressé la topographie d’un monde imaginaire dont il a redéfini à chaque instant les contours, rendant ainsi vaines toutes tentatives d’appréhension définitives. Si la peinture de Tony Gonnet se dérobe ainsi à toute volonté d’interprétation, elle est le lieu d’une incessante renaissance et métamorphose des formes.


EXPOSITIONS

- 1950 Librairie Morihier. Paris. Vernissage le 25 juillet. Exposition de 16 Galets
- 1952 Galerie Niepce. Paris. Préface de Jean Genet. Compte Rendus : Observateur, Combat, Lettre Françaises, Art- Paris
- 1957 Galerie de Seine, Paris. Compte-rendu par Denys Chevalier dans l’Observateur
- 1958 Galerie Copenhague. Exposition organisée par la Galerie Jacques Massol
- 1960 Galerie de l’Ancienne Comédie. Préface de Pierre Courhion.
- 1960 Galerie Yves-Michel, Paris. Exposition collective.
- 1965 Petits formats de Paris, Hambourg.
- 1965 Galerie J. Casanova, Paris. Critiques : Gilbert Gatelier, Arts et J-P. Crespelles.
- 1966 Galerie J. Casanova, Paris. Chronique de Jean Bouret et d’Henri Adam dans Lettres Françaises.
- 1966 Musée de l’Art Moderne de la Ville de Paris. VII. Salon Grands et jeunes d’aujourd’hui.
- 1966 Musée de l’Art Moderne de la Ville de Paris. Art Sacré et Réalités spirituelles
- 1966 Galerie J. Casanova, Paris. Exposition collective.
- 1967 Galerie J. Casanova, Paris. Exposition collective.
- 1968 Galerie J. Casanova, Paris. Tony Gonnet peintures récentes.
- 1968 Galerie J. Casanova, Paris Exposition collective.
- 1968 Galerie St. Georges. Lyon. Exposition collective.
- 1968 Galerie Edition Tisné, Paris. Tony Gonnet Tentures, Peintures. Chronique de Jean Bouret , Lettre Française
- 1968 Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Xe Salon Grands et Jeunes d’Aujourd’hui.
- 1970 Pavillon Baltard, Paris. « Comparaison 70 ».
- 1970 Festival National d’Arts Plastiques. Montargis.
- 1970 Cimaise Ventadour, Paris. Préface de Jean Cassou. Chronique de Jean Bouret, Lettres Françaises
- 1971 Abbaye de Sénanque, Gordes. Préface de Jean Cassou. Articles de Léo Chichetti dans Marseillaise et Le Républicain d’Uzès.
- 1972 11e Salon d’Art Contemporain. Villejuif - Paris.
- 1979 Galerie Jacques Casanova, Paris.
- 1981 Institut d’Etudes Française. Ankara. Peintures non figuratives de Tony Gonnet.
- 1983 Galerie d’Art Urart. Istanbul.
- 1983 XIe Festival International d’Istanbul.
- 1986 Portico Library and Gallery, Manchester. Compte-rendu de Murdoch Lothian dans The Guardian.
- 1986 Galerie Marcel Lenoir, Paris. « Serge Reggiani présente Tony Gonnet »
- 1986 Galerie Modus Vivendi. Zürich.
- 1989 Galerie Ariane, Paris. Gonnet œuvres anciennes et récentes. Compte- rendu dans Cahier de la Peinture.
- 1990 Galerie Ariane, Paris. Exposition Collective
- 1991 Galerie Ariane, Paris. Miniatures contemporaines.
- 2005 Rétrospective dans la maison de Tony Gonnet à Serviers-Gard. « Hommages posthume à Tony Gonnet dans sa maison » par Pierre Rivas dans Midi Libre.
- 2014 Musée Alfred Danicourt, Péronne. « l’Homme et la Géométrie ». Rétrospective Tony Gonnet 1941-2002. Article de Roxana Azimi dans Le magazine Le Monde 3/1/2014.
- 2014 Galerie du Mail. Conseil Régional de Picardie. « Abstraction Tony Gonnet , peintre Picard existentialiste 1941-2002 ».
- 2016 Musée du Colombier à Alès.




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