Vitkine, Alexandre

FR, 1910 - 2014

Né à Berlin en 1910, Alexandre Vitkine était ingénieur electromécanicien et inventeur. Fasciné par la technologie et les gigantesques pylônes électriques aux architectures avant-gardistes, il a su transmettre une vision poétique de nos paysages urbains. Ses dessins, ses photographies faites d’après des équipements électroniques réalisés par lui-même, ses sculptures produites par des machines contrôlées par ordinateur (infosculpture), font appel à des formes mathématiques, notamment celles données par les courbes de Lissajous.


- Principales expositions -

1960: Brasilia - Brésil
1964: Paris - Société Nationale des Beaux Arts Paris - Studio 28 - Club Photographique de Paris
1965: Paris - Club Photographique de Paris - 9e exposition Buenos Aires - Libre expression - Argentine Paris - Société des Artistes Décoratifs
1966: Israël - Centre Culturel Français Itinérant Moscou – URSS - Inter Press Photo
1972: Club Photographique de Paris
1976: Bobigny - Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis 150 Ans de Photographie Française
1980: Paris - Grand Palais - Salon d'Automne 1980 Malmö - Institut Français - Suède
1999: Centre culturel de Boulogne-Billancourt-Retrospective
2004: Paris – Pavillon des Antiquaires - Laurent Herschtritt 2005: Paris – Paris Photo - Laurent Herschtritt
2006: Londres - HackelBury Fine Art Rencontre avec 6 photographes de Boulogne Billancourt, exposition collective organisée par la ville de Boulogne Billancourt 2011: Galerie Georges Gour et Laurent Herschtritt, 26 rue Bonaparte 75006 Paris


- Photographies dans les collections publiques -

1964: Paris - Bibliothèque nationale de France
1972: Saint-Maur-des-Fossés - Archives Départementales du Val de Marne
1974: Toulon - Musée
1997: Paris - Maison Européenne de la Photographie
2002: En Harod - Museum of Art - Israël


- Pour en savoir plus -

De sa formation technique, Alexandre Vitkine a conservé le sens de la précision et de l’efficacité. Précision des formes finement ciselées, découpées sur un fond blanc qui évoque tour à tour l’écran de la salle de projection cinématographique et le théâtre d’ombres chinoises ; efficacité de l’image qui, sans jamais chercher le grandiose ou l’éloquence, raconte un récit dépouillé qui n’aurait d’autre équivalent que la subtile poésie des esquisses japonaises. Né à Berlin en 1910, Vitkine est issu d’un siècle déterminé par les progrès scientifiques et technologiques. Ayant fait carrière dans l’industrie comme ingénieur électromécanicien, il est lui-même l’illustration et la matière de son œuvre. Mais le siècle dont est témoin Vitkine fut aussi celui des naufrages et perversions engendrées par la science et les progrès techniques. Ses œuvres photographiques rendent compte à leur manière de cette schizophrénie et oscillent entre la célébration de l’outil et l’inquiétude que suggère l’inhumanité de la machine industrielle. Dans cet univers abstrait où les lignes à haute tension définissent des espaces géométriques qui rappellent autant Mondrian que les rails des chemin de fers aux sinistres connotations, l’homme, petite silhouette fragile rajustant un néon, ou sur le point d’être écrasé par un bloc de béton à jamais figé par l’objectif, semble toujours figurer cet équilibre incertain, métaphore des paradoxes d’une ergonomie contemporaine. C’est là tout l’enjeu philosophique des œuvres de Vitkine. Car au-delà de leur aspect purement esthétique, elles proposent une réflexion sur les rapports qu’entretient l’homme avec la machine. Les photographies de l’artiste, appelées «silhouettes industrielles » sont la figuration de notre environnement mécanisé. C’est la technique, et son mode de fonctionnement scientifique, qui fabrique, sous la dictée de l’artiste, la perfection déshumanisée des formes et des lignes. Si Vitkine apparaît de prime abord comme la synthèse de toute la réflexion artistique du XXe siècle, paraissant tour à tour citer Mondrian, Léger, Giacometti ou Vasarely, son œuvre n’en est pas moins unique et d’une absolue originalité. Témoin de l’art moderne, Vitkine fait aussi figure de précurseur. Dès le début des années soixante, le fatras métallique d’une installation manufacturière, et la fascination qu’exerce sur le regard l’enchevêtrement de ses tuyaux et de ses cheminées anticipe sur ses clichés les constructions architecturales d’un Renzo Piano, l’auteur du centre Pompidou. Mais au-delà de ces grandes références, Alexandre Vitkine se distingue par un style qui n’appartient qu’à lui. Et derrière la dentelure tranchante du skyline new-yorkais, le monumentalisme déglingué d’une usine à gaz ou l’hermétique mystère d’une spirale générée par ordinateur, toujours affleure, avec pudeur et subtilité, une poésie inattendue, la beauté de l’art, dans sa plus évidente simplicité.
Michaël Prazan

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